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Sécurité / Sécurité à bord : la Chine s'attaque aux écrans géants

Rédigé par Frédéric Kevers le 26-10-2026

Après avoir freiné les poignées affleurantes, Pékin s'apprête à sévir contre la débauche numérique dans les habitacles. Le régulateur chinois envisage d’interdire les dalles pliantes et d’évaluer la distraction générée par les écrans multimédias XXL.

La sécurité à bord en Chine en résumé

  1. Écrans pliants bannis et dalles géantes évaluées

  2. Sièges « zéro gravité » et commandes vocales sous la loupe

  3. Quel impact pour le marché européen ?

Faut-il parler de syndrome du serpent qui se mord la queue ? Longtemps considérée comme le paradis des gadgets high-tech et des habitacles transformés en salons numériques, l’industrie automobile chinoise pourrait bientôt devoir modérer ses ardeurs. Alors que les constructeurs locaux rivalisent d'ingéniosité – et de surenchère – pour recouvrir les planches de bord d’immenses surfaces vitrées, les autorités de Pékin tirent la sonnette d'alarme sur la sécurité routière.

Dans un document publié récemment, le ministère chinois de l'Industrie et des Technologies de l'information (MIIT) dévoile une série de propositions réglementaires strictes visant à endiguer les distractions technologiques au volant. Ce tour de vis s’inscrit dans la continuité directe des récentes décisions chinoises qui encadrent déjà l'usage des poignées de porte électriques rétractables et imposent le retour de touches physiques pour les fonctionnalités de conduite essentielles.

Écrans pliants bannis et dalles géantes évaluées

Parmi les mesures phares à l'étude figure l'interdiction pure et simple des écrans pliables ou flexibles à bord des véhicules de série. Si aucun modèle commercialisé n’en propose encore, les équipementiers locaux comme BOE travaillent activement sur des surfaces incurvées motorisées. Les autorités souhaitent ainsi tuer la tendance dans l’œuf.

Plus marquant encore pour le marché actuel : le MIIT veut imposer des évaluations rigoureuses pour l'ensemble des écrans d'infodivertissement de grande dimension, des dalles secondaires destinées aux passagers et des affichages tête haute (HUD). L'objectif affiché est d'analyser leur impact réel sur la vigilance du conducteur, leur résistance lors des crash-tests ainsi que leur fiabilité en conditions climatiques extrêmes. Tout dispositif jugé trop perturbateur pour le champ de vision ou l’attention pourrait être tout bonnement recalé lors de l'homologation.

Sièges « zéro gravité » et commandes vocales sous la loupe

L'offensive des régulateurs ne s'arrête pas aux interfaces visuelles. Les fameux sièges dits « zéro gravité » – capables de s'incliner profondément avec repose-jambes déployé – sont également dans le viseur. Pékin envisage d'en prohiber l'activation lorsque le véhicule roule. Si le conducteur ne peut évidemment pas s'allonger en conduisant, les passagers avant profitent couramment de cette posture décontractée, ce qui dégrade l’efficacité des ceintures et des airbags en cas de collision.

Le texte propose par ailleurs d'interdire le contrôle vocal exclusif pour certaines commandes critiques, à l'image des phares, des serrures de portes ou de l'ouverture du capot. Même les signatures lumineuses à LED personnalisables par l’utilisateur sont suspectées d’éblouir ou de perturber le trafic.

Selon le calendrier préliminaire, ces règles contraignantes s'appliqueraient à tous les véhicules neufs produits dès le 1er janvier 2027. Les modèles déjà sur le marché bénéficieraient d’un délai jusqu’au 1er juillet 2027 pour se mettre en conformité via des mises à jour ou des rappels, sous peine d'interdiction de vente.

Quel impact pour le marché européen ?

À première vue, ces technologies – sièges façon classe affaires, écrans triples ou dalles passagers omniprésentes – répondent avant tout aux goûts d'acheteurs chinois très friands de vie à bord connectée. Mais l'Europe n'est pas imperméable à ce coup d'arrêt. D'une part, les constructeurs chinois (BYD, Xpeng, Zeekr) qui exportent leurs SUV électriques vers nos contrées devront rationaliser leurs chaînes d'assemblage : concevoir des habitacles spécifiques selon les continents coûte cher, et la simplification réglementaire imposée par Pékin pourrait tempérer la surenchère d'écrans jusque dans leurs versions européennes.

D'autre part, la question se pose avec acuité pour les marques européennes fortement implantées en Chine, à commencer par le trio allemand Mercedes, BMW et Audi. Ces constructeurs, qui ont justement multiplié les écrans panoramiques (comme l'Hyperscreen de Stuttgart) pour séduire la clientèle asiatique tout en les déclinant en Europe, pourraient devoir revoir l'ergonomie de leurs modèles mondiaux. Reste qu'en Europe, où l'Euro NCAP s'apprête déjà à pénaliser le tout-tactile au profit des boutons physiques, cette initiative chinoise pourrait finalement créer un front commun inattendu pour assainir les postes de conduite.

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