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Premier essai / Lancia Gamma (2026) - Rayon de soleil à Melfi ?

Rédigé par Laurent Blairon le

L’événement est de taille pour Lancia : pour la première fois depuis la Thema, la marque doit rayonner dans le segment des grandes familiales. Et elle le fait en ressortant un nom chargé d’histoire: Gamma.

Après plus d’une décennie sous « perfusion Ypsilon », Lancia a enfin entrepris sa reconquête européenne en 2024, avec une citadine entièrement renouvelée et, surtout, électrifiée. Mais avec la nouvelle Gamma, la marque italienne change franchement de braquet. De gabarit, d’ambitions et, espérons-le, de destin ! Car cette fois, Lancia s’attaque au segment des SUV familiaux, l’un des plus disputés, mais aussi des plus lucratifs du marché européen.

En Belgique, la Gamma entend notamment séduire les flottes de société, avec ses versions électriques en première ligne. Autrement dit, il ne suffira pas d’avoir du charme. Il faudra aussi convaincre les gestionnaires de parc, généralement moins sensibles aux belles histoires automobiles qu’aux tableaux Excel.

Lancia Gamma (2026) - DS N°7 à la sauce italienne ?

Techniquement, désolé de radoter, mais la Gamma repose sur la désormais bien connue plateforme STLA Medium, déjà exploitée par les Peugeot 3008 et 5008, Opel Grandland, Citroën C5 Aircross ou Jeep Compass. Une véritable famille nombreuse ! Et si l’on était tenté de voir dans le 3008 son cousin le plus proche, c’est en réalité avec la récente DS N°7 que la Gamma entretient les liens les plus étroits. Les deux modèles partagent un empattement de 2,79 m, des dimensions comparables, les mêmes batteries de 73,7 et 97,2 kWh et des motorisations très similaires. Elles naissent d’ailleurs sur les mêmes chaînes de l’usine de Melfi, dans le sud de l’Italie, où est également assemblé le Jeep Compass.

Mais heureusement, la parenté technique ne saute pas aux yeux. Le Centro Stile de Turin a bien saisi l'importance de la dissociation. Avec sa silhouette à mi-chemin entre SUV, berline surélevée et fastback, la Gamma cultive une élégance assez personnelle. Elle reprend les nouveaux codes stylistiques de Lancia, notamment cette signature lumineuse en forme de « Calice », désormais déclinée à l’avant comme à l’arrière. Ces feux en croix lui composent un visage immédiatement identifiable, sans verser dans la caricature. Et malgré son gabarit généreux, cette Italienne déplace l’air avec soin, profitant d’un Cx annoncé à seulement 0,25.

Lancia Gamma (2026) - Salon italien

Lancia évoque volontiers son concept d’« Italian Home Feeling ». Exagération marketing mise de côté, cela fonctionne plutôt bien. Car à bord, l’ambiance tranche réellement avec celle des autres productions Stellantis. Planche de bord horizontale, éclairages indirects, matériaux chaleureux et cette audacieuse « coffee table » installée entre les passagers composent un décor agréable. On évitera d’y déposer un espresso brûlant dans les virages...

Les sièges, dont les motifs horizontaux rendent hommage à la Gamma des années 70, peuvent recevoir chauffage, ventilation et massage, voire un habillage en cuir. Et l’on s’y installe avec aisance. Devant le conducteur, une instrumentation numérique de 10,25 pouces accompagne un vaste écran central de 16 pouces, auquel peut s’ajouter un affichage tête haute virtuel de 21 pouces. Le système SALA orchestre notamment l'ambiance sonore, la climatisation et l’éclairage, tandis que l’assistant vocal fait appel à ChatGPT.

À l’arrière, les presque 2,80 m d’empattement se traduisent par une habitabilité généreuse. Quant au coffre, ses 560 litres égalent exactement ceux de la DS N°7. De quoi voyager à l’italienne, avec de la place en suffisance pour ramener des douceurs locales.

Lancia Gamma (2026) - Jusqu’à 741 km d’autonomie

La Gamma électrique se décline en trois motorisations. En entrée de gamme, la Standard Range développe 230 ch et associe une batterie de 73,7 kWh à une autonomie WLTP de 543 km. La Long Range grimpe à 245 ch, avec un accumulateur de 97,2 kWh permettant de revendiquer jusqu’à 741 km. Voilà qui commence à parler sérieusement aux gros rouleurs, même à ceux qui considèrent encore l’électrique avec une méfiance dogmatique.

Au sommet de la gamme trône la HF Integrale AWD. Oui, ils ont osé reprendre cette appellation mythique. Les communicants nous expliquent que c'est logique : quatre roues motrices et 375 ch devraient réveiller quelques souvenirs glorieux chez les Lancistes. Son autonomie annoncée atteint encore 676 km.

Reste que la puissance de recharge rapide, plafonnée à 160 kW, paraît aujourd’hui un peu timide face aux meilleures références du segment. Avec la grosse batterie, Lancia annonce néanmoins 27 minutes pour passer de 20 à 80 %. Correct, sans être révolutionnaire. En AC, les chargeurs 11 et 22 kW sont prévus.

Lancia Gamma (2026) - Plus rapide qu’une Delta Evo II

Dès les premiers kilomètres, la Gamma électrique annonce la couleur : elle s'exprime dans le velours et évite les excès de sportivité. Direction légère, commandes progressives, insonorisation particulièrement soignée... L’Italienne cherche davantage à apaiser son conducteur qu’à lui faire grimper le rythme cardiaque. Ce qui ne signifie pas qu’elle manque de répondant. Avec ses 245 ch, la Long Range expédie le 0 à 100 km/h en 7,8 s. De quoi dépasser sans hésitation, mais sans vous plaquer théâtralement contre le dossier.

Pour le supplément de fougue, il faut se tourner vers la version HF Integrale qui, soit dit en passant, devient tout simplement la Lancia de série la plus puissante de l’histoire. Elle abat le 0 à 100 km/h en 5,1 s, soit six dixièmes de mieux qu’une mythique Delta Integrale Evo II de 1994 ! Évidemment, comparer ces deux machines relève presque du sacrilège tant leurs philosophies diffèrent. Un clin d’œil...

Malgré une masse dépassant allègrement les deux tonnes, la plateforme STLA Medium parvient – comme toujours – assez habilement à dissimuler son embonpoint. Le train arrière multibras participe à la stabilité de l’ensemble, tandis que les mouvements de caisse restent bien maîtrisés. Le confort demeure la priorité, mais sur les routes délicieusement tortueuses de la côte amalfitaine, notre imposante Italienne ne s’est jamais transformée en paquebot à la dérive. Elle enroule les courbes avec une aisance rassurante. Une grande routière dans l’âme.

Lancia Gamma (2026) - Et en essence ?

Parce que tout le monde n’est pas encore prêt à passer à la prise ni à consacrer le budget nécessaire, Lancia conserve une motorisation thermique avec l’Hybrid 145. Sous le capot, on retrouve le trois-cylindres turbo 1,2 litre de 136 ch, épaulé par une hybridation 48 V et associé à la boîte automatique eDCT6 à six rapports.

Avec une puissance combinée de 145 ch et 230 Nm, l’ensemble réclame 10,4 s pour atteindre 100 km/h. Rien de honteux, certes, mais un peu juste pour donner des ailes au nouveau vaisseau amiral de Lancia. Heureusement, avec 1.558 kg sur la balance, cette version se déleste de près de 580 kg par rapport aux Gamma électriques les plus lourdes. Une différence qui se ressent dans la manière dont elle aborde les changements de direction. Pas de suspension multibras à l'arrière : l'Hybrid 145 se contente d'un essieu déformable.

À l’usage, cette motorisation accomplit sa mission avec honnêteté, sans jamais susciter un enthousiasme débordant. Le petit trois-cylindres manque forcément de noblesse face aux ambitions affichées par la carrosserie, mais il constitue une porte d’entrée rationnelle dans l’univers Gamma. C'est aussi la moins chère des Gamma : 39.900 €. En 100 % électrique, la note démarre à 45.900 € (petite batterie) et 51.900 € (Long Range). Le prix de la HF Integrale sera révélé plus tard.

Lancia Gamma (2026) - Verdict

Dans l’écurie Stellantis, la Lancia Gamma aurait pu n’être qu’un énième exercice de clonage industriel. Un peu de maquillage, quelques signatures lumineuses et une nouvelle calandre : merci, au suivant ! Mais les Italiens ont compris qu’une Lancia méritait un peu d'attention.

Certes, la base technique reste largement commune et les différences dynamiques sont infimes. Pourtant, par son dessin et son atmosphère intérieure, la Gamma impose une personnalité bien à elle. De l'élégance et du confort assumé.

Elle nous rappelle surtout qu’un coup de crayon inspiré, lorsqu’il vient d’un pays où le design est presque une seconde nature, peut encore faire la différence. Notamment face à la tiédeur générique de certaines productions asiatiques, impeccables sur le papier, mais parfois désespérément interchangeables. Lancia a changé, certes, mais longue vie à Lancia.

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