Les véhicules de fonction de la Défense en bref:
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La Défense belge remplace des DS 9 fabriquées en Chine.
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La DS 9 n’est pas une marque chinoise, mais un modèle de DS Automobiles/Stellantis.
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Il n’existe aucune preuve publique d’espionnage : il s’agit d’une mesure de précaution.
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La Pologne et le Royaume-Uni limitent également l’accès des véhicules connectés aux abords des sites militaires.
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Les États-Unis ciblent déjà les logiciels et les équipements chinois et russes présents dans les voitures connectées.
Le haut commandement de l’armée belge se sépare de plusieurs véhicules de fonction construits en Chine. Selon les médias belges, le chef de la Défense, Frederik Vansina, ainsi que d’autres officiers supérieurs, sont notamment véhiculés à bord de DS 9, la grande berline du constructeur français DS Automobiles. Il ne s’agit donc pas, en l’occurrence, de voitures d’une marque chinoise, mais d’un modèle conçu en France, appartenant à une marque du groupe Stellantis mais... produit en Chine.
Le pays de production est désormais devenu un enjeu de sécurité. Après que des interrogations ont été soulevées concernant de possibles risques d’espionnage, la Défense a décidé de remplacer les véhicules concernés et d’accorder davantage d’importance aux risques potentiels pour la sécurité lors de ses futurs choix. Le service de renseignement militaire, le SGRS, aurait déjà examiné une partie de la flotte. La Défense affirme évaluer aujourd’hui la menace différemment de l’époque à laquelle les véhicules avaient été choisis.
1. Pas parce qu’une étoile chinoise figure sur le capot
il convient de répéter que la DS 9 n’est pas une voiture de BYD, Nio, Xpeng ou d’un quelconque autre constructeur automobile chinois. Le modèle appartient à DS Automobiles, la marque haut de gamme de Stellantis. Il a été conçu en France, mais il est fabriqué en Chine. C’est précisément ce dernier point qui rend le dossier sensible: sur les plans juridique et commercial, il ne s’agit pas d’une marque chinoise, mais le véhicule présente néanmoins un lien industriel évident avec la Chine.
Aucune preuve publique n’a cependant démontré que les DS 9 des généraux belges avaient effectivement transmis des données aux autorités chinoises. L’intervention de la Défense ne constitue donc pas une réaction à un cas d’espionnage avéré, mais une mesure de précaution.
Cette décision n’est toutefois pas purement symbolique. Le véhicule de fonction d’un membre du haut commandement militaire n’est pas une voiture de société ordinaire. Il se rend dans des quartiers généraux, à des réunions, dans des casernes et sur des sites sensibles. Même si le risque d’utilisation abusive est faible, ses conséquences potentielles peuvent être importantes. La vulnérabilité théorique semble donc suffire à la Défense pour revoir son choix de véhicules.
2. La voiture moderne est aussi une machine à collecter des données
Les inquiétudes ne concernent par ailleurs pas uniquement la Chine. Elles portent plus largement sur ce qu’est devenue la voiture moderne. Un véhicule connecté contemporain dispose en effet d’un GPS, du Bluetooth, du Wi-Fi, de connexions aux réseaux mobiles, de logiciels embarqués, de systèmes d’infodivertissement et, parfois, de caméras, de micros, de capteurs d’aide à la conduite et de fonctionnalités dans le cloud. Selon son équipement, une voiture peut ainsi recueillir des informations sur sa localisation, son utilisation, ses itinéraires, les contacts de ses occupants et son environnement.
Le gouvernement américain insiste lui aussi sur le fait que les voitures ne sont plus simplement de «l’acier sur roues», mais des ordinateurs dotés de caméras, de micros, d’un suivi GPS et de connexions à Internet. Le département américain du Commerce distingue deux risques pour la sécurité nationale: la fuite de données sensibles et la possibilité théorique d’accéder à distance aux véhicules connectés ou de les manipuler.
Pour l’automobiliste moyen, il s’agit principalement d’une question de protection de la vie privée et de cybersécurité. Pour un général, un ministre, un officier du renseignement ou un membre du personnel de la Défense, la même technologie devient un risque opérationnel. Non pas parce que toute voiture connectée est dangereuse, mais parce que le modèle de menace change dès que l’occupant ou la destination présente un caractère sensible.
3. La Pologne verrouille beaucoup plus strictement ses accès
La Belgique n’est pas la seule à nourrir ces inquiétudes. Au début de l’année 2026, la Pologne a adopté une mesure beaucoup plus stricte, à savoir que les véhicules chinois ne peuvent désormais plus accéder librement aux sites militaires sensibles. Les forces armées polonaises ont justifié cette décision par le risque que des voitures technologiquement avancées collectent des données sensibles au moyen de caméras, de microphones, de systèmes de géolocalisation et d’outils de communication.
Il est intéressant de noter que la Pologne ne présente pas le problème comme étant exclusivement chinois. D’autres véhicules capables d’enregistrer des données de localisation, des images ou des sons peuvent également être exclus des zones sécurisées lorsque ces fonctions ne peuvent pas être désactivées. Une règle supplémentaire spécifique s’applique par ailleurs aux voitures fabriquées en Chine: les téléphones militaires officiels ne peuvent pas être connectés à leur système d’infodivertissement.
4. Le Royaume-Uni surveille également les sites sensibles
Le Royaume-Uni a opté pour une approche moins centralisée, tout en reconnaissant le problème. Dans une réponse parlementaire, le ministère britannique de la Défense a déclaré qu’il n’existait aucune interdiction générale imposée au niveau central concernant les véhicules électriques chinois sur les sites de la Défense. Le ministère a toutefois confirmé que certaines entités de la Défense pouvaient appliquer des exigences plus strictes sur des sites déterminés, sans en dévoiler publiquement les détails pour des raisons de sécurité.
Cette position correspond aux informations publiées dans les médias britanniques au sujet de restrictions autour d’installations militaires sensibles, notamment la base RAF Wyton, où sont concentrées des activités de renseignement militaire. Le principe de base est le même qu’en Belgique: une voiture moderne ne doit pas seulement être considérée comme un moyen de transport, mais également comme un réseau mobile de capteurs, de logiciels et de canaux de communication. Le ministère britannique de la Défense affirme lui-même que ses procédures tiennent compte des menaces potentielles liées à tous les types de véhicules, et pas uniquement à ceux fabriqués en Chine.
5. Les États-Unis vont encore plus loin
Les États-Unis abordent le problème de manière plus structurelle. En 2025, le département américain du Commerce a instauré des règles visant à exclure certaines technologies chinoises et russes des véhicules connectés lorsqu’elles présentent un risque inacceptable pour la sécurité. Ces mesures ciblent notamment les systèmes de connectivité des véhicules («Vehicle Connectivity Systems») et les logiciels de conduite automatisée. Les restrictions applicables aux logiciels entreront en vigueur à partir de l’année-modèle 2027. Celles visant les équipements de communication concernés s’appliqueront à partir de l’année-modèle 2030, ou dès le 1er janvier 2029 pour les composants auxquels aucune année-modèle n’est associée.
Source : Het Nieuwsblad // Illustration : Moniteur Automobile x Gemini
