La transition de l'électrique vers l'hybride en résumé
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L’illusion du grand saut
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Une aubaine pour temporiser
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L'Europe s'égare, l'Asie ramasse la mise
L’idylle entre l’automobiliste et la fée électricité souffrirait-elle de quelques sérieux ratés ? C’est le constat, teinté d'une savoureuse ironie, dressé par la cuvée 2026 du HERE-SBD EV Index. Menée par le spécialiste de la cartographie HERE Technologies et le cabinet SBD Automotive auprès de quelque 4.000 usagers à l’échelle du globe, l'enquête révèle une fissure grandissante dans le bel édifice du dogme zéro émission.
L’illusion du grand saut
Qu'on ne s'y trompe pas : les convertis de la première heure ne crient pas tous au scandale. Ils sont encore 64 % à jurer fidélité aux accumulateurs, et plus des deux tiers concèdent volontiers que l’usage quotidien s'est avéré moins punitif que prévu. Pourtant, 28 % des actuels propriétaires de véhicules 100 % électriques (BEV) envisagent désormais de faire marche arrière vers l’hybride autorechargeable (HEV), l’hybride rechargeable (PHEV) ou le prolongateur d’autonomie (EREV) lors du renouvellement de leur monture. Ils n'étaient que 23 % l’an dernier. Chez nos voisins transalpins, où l'infrastructure rapide relève encore trop souvent du vœu pieux, ce chiffre culmine même à 39 %.
Ce désenchantement ne relève pas de la nostalgie du carburateur ou d’un rejet de la mobilité électrique à proprement parler, mais d'une saine collision avec le réel. L'électrique excelle pour le trajet pendulaire et la charge nocturne domestique ; elle devient, trop souvent, une corvée sitôt qu'on lui impose le costume de l'unique véhicule du foyer. Se coltiner le sacerdoce des bornes rapides le week-end venu, composer avec des stèles défaillantes, subir des files d'attente lors des transhumances estivales et acquitter des tarifs kilométriques – aux stations d'autoroute – qui frisent le racket ont fini par user la patience d’une partie des plus fervents apôtres.
Une aubaine pour temporiser
Ce malaise grandissant face aux infrastructures tombe-t-il vraiment mal ? Pas pour tout le monde, assurément. Ce réseau public indigeste, incapable d'offrir la spontanéité d'un arrêt à la pompe, sert admirablement la soupe aux constructeurs historiques. En brandissant les complaintes légitimes de leurs ouailles quant à la flexibilité, les états-majors trouvent là l'alibi rêvé pour freiner des quatre fers l'abandon pur et simple du thermique. Pourquoi précipiter des investissements colossaux dans des plateformes dédiées alors qu'on peut rentabiliser jusqu'à la corde des mécaniques à pistons maquillées aux vertus de l'électrification ? L'occasion est trop belle d'entretenir la rente du moteur à combustion.
L'Europe s'égare, l'Asie ramasse la mise
Le piège est pourtant béant – qui a dit gros comme un SUV ? –, car cette brèche profite déjà à de bien plus affûtés que nos constructeurs continentaux.
D'un côté, les marques européennes persistent à bricoler des hybrides rechargeables à l’efficience contestable : de lourdes usines à gaz greffées sur de vieilles architectures thermiques, affichant péniblement 50 à 70 km réels sur la batterie avant de se muer, une fois déchargées, en gouffres à carburant. Le tout emballé dans des tarifs indécents que seule la complaisance fiscale osait encore justifier, du moins en Belgique.
De l’autre, les marques asiatiques – la Chine en tête – ont pris le problème à l'exact inverse. Leurs PHEV et autres EREV (électriques à prolongateur d’autonomie) sont pensés d'abord comme des électriques. Dotés de batteries généreuses permettant 120 à 180 km sans une goutte de sans-plomb et d'un petit bloc thermique optimisé servant uniquement de béquille pour rassurer les angoissés du long cours, ces engins allient le beurre de la sérénité à l'argent du beurre électrique.
En refusant d'investir avec audace – ou bon sens ? – pour rendre la voiture électrique réellement universelle et accessible, l'industrie européenne pensait gagner du temps en reprenant une rasade d'hybridation. Elle risque simplement de s'être offert un sursis… pour mieux laisser les constructeurs chinois dicter les règles du compromis. Parfois, reculer permet peut-être de mieux sauter, mais laisse le temps à la concurrence de rehausser l’obstacle à franchir.
