Le temps semble s'être figé dans les dunes du Dakar pour les pilotes belges, une éternité de poussière s'écoulant depuis que Jacky Ickx fit triompher nos couleurs en 1983. En deux roues, le souvenir n'est guère plus frais: il faut remonter aux épopées de 1984 et 1985 pour retrouver la trace du sémillant Gaston Rahier, vainqueur en moto. Ce «Petit Poucet» de génie, à la taille inversement proportionnelle au talent, offrait alors au monde un spectacle surréaliste, obligé de lancer sa lourde BMW GS au pas de course avant de s’y jeter en mouvement, ses pieds refusant obstinément de toucher le sol à l’arrêt. C’était l’époque des pionniers et des doux dingues, celle où un Ronny Renders parvenait à traîner un… side-car jusqu’à la ligne d’arrivée sur les plages de Dakar, hors délais mais le panache en bandoulière, tandis que Guy Colsoul faisait bafouiller les armadas d’usine et leurs 4x4 rutilants en menant la danse pendant une semaine au volant d’une Opel Manta 400 «propulsion». Puis, ce fut le grand vide.
Un désert plus aride que le Sahara lui-même, jusqu’à ce que ce mois de janvier 2026 ne vienne enfin bousculer l’histoire. À la droite du «Prince du désert» Nasser Al-Attiyah, le Liégeois Fabian Lurquin a enfin cueilli les lauriers tant attendus. Le duo a réussi l'improbable: faire triompher une Dacia face aux armadas Toyota et Ford. Pour Lurquin, le plat se déguste froid; c’est une revanche éclatante pour ce navigateur dont un certain Sébastien Loeb n’avait plus voulu, prouvant au passage que sa science de la navigation associée à l'art d'éviter les crevaisons de la part de son pilote et à la fiabilité de leur monture valent toutes les renommées du monde. Voir une Dacia sur la plus haute marche du Dakar aurait fait s'esclaffer n'importe quel observateur il y a peu; aujourd'hui, le rire a changé de camp.
Des pistes saoudiennes aux moquettes bruxelloises, un même vent d’enthousiasme a soufflé en ce mois de janvier…
Cette insolente réussite semble d’ailleurs avoir contaminé les palais du Heysel. Car si la victoire de Dacia a surpris, le succès du Salon de l’Auto de Bruxelles 2026 a, lui aussi, de quoi déconcerter les sceptiques. Avec près de 350.000 visiteurs, l’événement flirte avec les records de fréquentation du dernier Grand Prix F1 de Spa, s’imposant désormais comme la boussole de l’automobile en Europe. Tandis que les rendez-vous de Genève, Paris, Francfort, Amsterdam ou Londres s’étiolent dans une mélancolie de halls vides, Bruxelles rayonne. Même la presse française, pourtant jamais la dernière pour regarder nos succès avec une condescendance polie, a dû rendre les armes devant la qualité d’un salon qui ne se contente pas de briller, mais qui vend.
En tournant le dos au snobisme des prototypes inaccessibles pour revenir à des motorisations «grand public» – car non, tout le monde n’a pas 150.000 € à investir dans un vaisseau électrique – la FEBIAC (la fédération organisatrice du Brussels Motor Show) a sauvé l’institution. On y a retrouvé un salon joyeux, familial, où l’automobile redevenait un objet de désir plutôt qu’un sujet de culpabilité. Des pistes saoudiennes aux moquettes bruxelloises, un même vent d’enthousiasme a soufflé en ce mois de janvier. Et par les temps pour le moins moroses qui courent, cette petite lumière belge de janvier a la valeur d’un phare dans la nuit.