La petite musique est désormais connue, martelée ad nauseam: la voiture électrique peinerait à convaincre, les ventes s’essouffleraient avant même d’avoir décollé, les obstacles techniques resteraient infranchissables et la rentabilité, pour les constructeurs, une ligne d'horizon qui s'éloigne à mesure qu'on l'approche. Certes, le tableau n'est pas tout rose. Les contempteurs de la prise, toujours prompts à dégainer, s'en donnent d’ailleurs à cœur joie sur les réseaux sociaux, couvrant de leur vacarme la voix des partisans de l’électron.
Cette cacophonie atteint son paroxysme lorsqu'il s'agit d'interpréter la récente décision de l’UE d’assouplir – en apparence – le couperet de 2035 sur les moteurs thermiques. Beaucoup y ont vu une reculade, voire une victoire des tenants du fossile. Il n’en est rien. Cette concession ne laisse qu'une porte entrouverte à quelques carburants alternatifs qui relèvent encore, pour l’heure, de la pure science-fiction industrielle. L'essentiel est ailleurs: 90% des ventes devront, quoiqu'il arrive, concerner des véhicules zéro émission.
Loin des tumultes numériques, la réalité comptable est d’ailleurs têtue: la machine est bel et bien lancée. Si l’on considère l’Europe au sens large – les 27 de l'UE, auxquels s'ajoutent les quatre mousquetaires de l’AELE (Islande, Liechtenstein, Norvège, Suisse) et le Royaume-Uni, soit 32 nations –, la part de marché des véhicules électriques a connu une inflation significative entre 2024 et 2025. Sur cette zone, la progression frôle en effet les 30% en moyenne. Mieux: des bastions historiquement réfractaires, à l'Est comme au Sud, s'inscrivent désormais dans cette dynamique haussière. Au point qu'il devient plus aisé de citer les élèves tirant la moyenne vers le bas – Roumanie, Croatie, Luxembourg, Estonie et Malte – que les premiers de la classe. Punt aan de lijn, comme disent nos voisins du Nord.
La tendance est donc lourde, et la plupart des acteurs s’y conforment bon gré mal gré…
Et puis, il y a les autres. À l’image de Stellantis qui, telle une caricature de Josiane Balasko au sommet d'une piste noire, semble penser que «la neige est trop molle, c’est trop dur» pour y aller franchement (pour qui a «la réf…»). Coiffant le béret, empoignant le litron de rouge et la baguette (assumons le cliché jusqu'à la lie!), le géant franco-italo-américain annonce, non sans panache, relancer… le bon vieux Diesel. Chez Citroën, Peugeot, DS, et même Opel. À court terme, cette tactique de la naphtaline générera sans doute quelques ventes opportunistes, offrant une bouffée d’oxygène à des réseaux de distribution au bord de l’asphyxie (mais la transition est-elle l'unique responsable de leurs maux?). Le choix peut même s'entendre pour certains utilitaires légers.
Cela dit, cette décision s’inscrit-elle réellement dans le sens de l’Histoire? Ne risque-t-elle pas, in fine, de creuser davantage le fossé technologique avec les leaders de l’électrification? Temporiser quand la concurrence mondiale accélère ressemble furieusement à une fausse bonne idée. Cela dit, la haute direction de Stellantis nous a habitués, ces derniers temps, à considérer ses décisions «stratégiques» comme tout, sauf gravées dans le marbre. «J’y vais, mais j’ai peur», en somme…