Ce qu’il faut savoir en 5 points:
- La Wallonie ne dispose toujours pas d’un plan stratégique formalisé et opérationnel pour atteindre l’objectif de «zéro tué» en 2050.
- Les recettes rétrocédées par l’État fédéral ont atteint près de 430 millions d’euros entre 2019 et 2024, tandis que le fonds des infractions routières régionales en a dépensé 59 millions.
- Le SPW Mobilité et Infrastructures a installé 317 nouveaux radars entre 2020 et 2024.
- L’emplacement des appareils n’est pas déterminé à partir d’une analyse globale des points noirs du réseau wallon.
- La Région ignore largement quand les radars sont utilisés et si les infractions constatées débouchent effectivement sur une sanction.
Pas de plan stratégique
Installer davantage de radars suffit-il à améliorer la sécurité routière? À lire l’audit de la Cour des comptes consacré au respect des limitations de vitesse sur les routes wallonnes, la réponse est clairement non. Entre 2020 et 2024, le SPW Mobilité et Infrastructures a pourtant déployé 317 nouveaux appareils. Mais cette montée en puissance matérielle ne repose ni sur une vision globale du réseau ni sur des objectifs mesurables.
Le constat est d’autant plus embarrassant que la Wallonie affiche une ambition forte: atteindre le «zéro tué» sur ses routes à l’horizon 2050. Une promesse qui reste, pour l’heure, insuffisamment traduite dans les faits. La Cour relève en effet l’absence d’un plan stratégique formalisé et opérationnel. Les décisions sont prises au coup par coup, tandis que certaines mesures consensuelles sont reconduites sans que leur efficacité ait été démontrée.
430 millions d’euros de recettes, 59 millions dépensés par le fonds
La question des moyens financiers renforce encore le malaise. Les recettes rétrocédées par l’État fédéral à la Région wallonne ont doublé entre 2019 et 2024, pour atteindre près de 430 millions d’euros sur l’ensemble de la période.
La Wallonie n’en a cependant utilisé qu’une partie et n’a affecté qu’une fraction de ces moyens à la sécurité routière. Sur les mêmes six années, les dépenses du fonds des infractions routières régionales se sont élevées à 59 millions d’euros, principalement pour l’achat et l’entretien des radars.
La comparaison ne signifie pas que l’intégralité des 430 millions devait nécessairement financer des appareils de contrôle. Elle montre néanmoins qu’un manque de moyens peut difficilement, à lui seul, expliquer les lacunes constatées. Le problème semble avant tout tenir à l’absence de cap, de coordination et d’évaluation.
Des radars sans vision d’ensemble
Le choix des emplacements repose sur une priorisation des demandes formulées par les zones de police, selon des critères qualifiés d’objectifs. Mais les implantations ne découlent pas d’une analyse générale des points noirs du réseau wallon.
La Région n’a pas davantage déterminé le nombre de radars nécessaire pour atteindre ses objectifs, ni évalué les ressources humaines et financières qu’exigerait leur exploitation. Surtout, elle ne prévoit pas de mesurer l’évolution du respect des limitations de vitesse sur l’ensemble du réseau. Autrement dit, on installe des appareils sans disposer d’un véritable instrument permettant d’évaluer l’effet global de cette politique sur le comportement des conducteurs.
La gestion des radars déplaçables illustre également les faiblesses du système. Le SPW les met à la disposition des zones de police en fonction du matériel loué disponible, sans assortir ces prêts de conditions concernant leur utilisation effective ou le choix des lieux de contrôle.
Une Région largement aveugle après l’installation
La répartition des compétences complique certes la situation. La Wallonie finance et installe les radars, mais leur utilisation ainsi que le traitement des infractions dépendent principalement de la police, de la justice, des finances et des zones de police locale.
Cette organisation prive la Région d’informations pourtant essentielles. Elle dispose d’un accès limité aux données concernant l’utilisation réelle des appareils, les infractions enregistrées et les suites données aux procès-verbaux. Elle ignore donc, dans une large mesure, quand ses radars fonctionnent et si les dépassements constatés aboutissent effectivement à une sanction.
Cette fragmentation institutionnelle est bien connue en Belgique, mais elle ne peut servir éternellement d’excuse. Une politique crédible de sécurité routière ne se mesure pas au nombre de boîtiers installés au bord des routes. Elle doit reposer sur des données fiables, une sélection cohérente des emplacements et une évaluation transparente de ses résultats.
La Cour des comptes adresse huit recommandations au ministre wallon chargé de la Sécurité routière, au SPW Mobilité et Infrastructures ainsi qu’à l’Agence wallonne pour la sécurité routière. Leur enjeu dépasse la seule gestion des radars: il s’agit de faire passer la Wallonie d’une politique d’équipement à une véritable stratégie de sécurité routière. Sans cela, le «zéro tué» risque de rester un slogan commode, mais bien difficile à atteindre.
(photo: SPW Mobilité)
