En dévoilant la version finale de son Atlas au CES de Las Vegas, Boston Dynamics bouclait, le mois dernier, le développement hardware d’un robot humanoïde dont l’agilité et la vitesse fascinent les médias et les réseaux sociaux depuis 2013. L’entreprise US acquise par Hyundai Motor Group (HMG) en 2021 ne s’était pas déplacée au Nevada pour faire le show avec un concept.
En détaillant son business model et son job d’ouvrier au sein de ses usines, ce dernier traçait ainsi une dernière ligne droite, avant une commercialisation en 2030 et une production annuelle de 30 000 Atlas. Ce dernier résonnait aussi avec un CES qui est passé d’à peine deux androïdes en 2024 à une quarantaine cette année.
Science-fiction
Couché sur le dos, Atlas se levait agilement en trois mouvements nets à peine croyables, lors de la grande mess tech Vegas. L’Exorciste ou The Grudge n’auraient pas fait mieux. Et en marche, le balancement de ses bras et son déhanché témoignaient d’un naturel dépassant, en fluidité et vitesse, ses semblables en goguette au CES 2026.
Constamment veinée de files d’attentes, sa démo live le voyait déplacer des objets (imaginaires) entre deux étagères se faisant face. Les rotations à 180 degrés de son torse se soldaient par une cadence folle reléguant l’Agibot (que nous avons testé sur le stand de Nvidia) au rang d’antiquité. Atlas imite très bien l’humain. Mais il le surpasse aussi en puissance (il poste jusqu’à 50 kg) et capacités de mouvements.
Travailleur modèle
HMG souligne que son anthropomorphe d’1,88 mètres de haut gère, de manière autonome, des tâches répétitives et fatigantes. Notamment l’assemblage et l’entretien de machines mais aussi le tri de pièces.
« Hyundai a investi le secteur de la robotique car en usines, cette dernière permet de déléguer des tâches répétitives faites par les humains. Mieux, elle évite aussi les erreurs tandis que l’apprentissage des travaux à effectuer est beaucoup plus rapide. » note Hyunchul Cho en charge de la Smart Factory d’Hyundai Motor Group « Les robots humanoïdes sont aussi beaucoup plus flexibles dans les jobs qu’on leur assigne. S’il y a un changement de marché, ils peuvent s’adapter plus facilement et rapidement à de nouvelles lignes de production. ».
Robotica
Le pari tech d’Hyundai et Boston Dynamics complète un tableau où l’industrie automobile s’implique comme jamais dans le secteur de la robotique. Du boiteux Optimus de Tesla au prometteur Iron d’Xpeng, la robotique semble en fait s’inscrire comme un prolongement naturel de l’ADN automobile qui jongle entre maîtrise du mouvement, perception, équilibre et autonomie.
Succédant à l’ASIMO qu’Honda dévoilait en 2000, une vague de constructeurs automobiles (notamment chinois) pense, en effet, fermement que les lignes de production de leurs usines seront peuplées d’androïdes, ces prochaines années. En 2024, le GoMate avançait par exemple comme le troisième modèle d’humanoïde industriel de GAC. La même année, Geely déployait en outre son Walker S en test dans une de ses usines pendant la même période. BMW terminait de son côté sa phase de test de robots Figure l’an dernier avec comme bilan une aide à la production de 30 000 X3 au fil de 90 000 pièces manipulées.
Physical AI
L’I.A. incarnée (ou Physical AI) trônait comme un des mots clefs du CES 2026 et elle s’y manifestait aussi par des robotaxis. Derrière, tout un monde de composants s’y prépare déjà notamment Robosense qui conçoit et produit des Lidars pour 24 modèles de voitures et 5 robots humanoïdes.
L’équipementier qui fournit notamment VW, Toyota, Agitbot et Unitree ne devrait pas voir ses carnets de commande baisser à l’avenir. Car au-delà des androïdes d’usine, une armée d’aides à domicile promettait de laver, plier et ranger notre linge à Vegas, notamment l’Onero H1 de SwitchBot ou le CLOiD de LG. Une accélération nette.
L'I.A. Gen transcende les robots
Souvent loués, les récents progrès de l’I.A. ne sont donc pas la seule raison expliquant la montée en puissance des robots humanoïdes. « L’industrie naissante de la voiture autonome a permis de stimuler la création de pièces hardware nécessaires au développement des robots humanoïdes. Des gros SOC puissants à des capteurs de computer vision, tout cela n’existait pas avant la voiture autonome". Mais cela ne s’arrête pas là. » confirme Zachary Jackowski « Les véhicules sans chauffeur ont aussi enfanté des régulations comme l’ISO 26262 et des processus d’ingénierie sécuritaire le SOTIF (Safety Of The Intended Functionality) qui sont en train d’être repris par les robots humanoïdes. ».
« Dans le monde précédent, il fallait programmer manuellement les algorithmes pour apprendre au robot comment accomplir une tâche. Aujourd’hui, la donne a changé car on montre au robot le travail à effectuer, plusieurs fois et dans diverses situations. » détaille Zachary Jackowski « Tout cela produit un VLA, ou Visual Action Model, où l’humanoïde est capable de générer sa prochaine action selon ce qu’il voit. Il y a bien entendu d’autres pièces dans ce puzzle - comme la manière dont Atlas marche qui se fait via de l’apprentissage renforcé - mais les VLA ont bel et bien changé la donne. »
Robots-as-a-Service
La flexibilité et la rapidité de chaque jonction (pivotant à 360 degrés), reliant les membres d’Atlas l’aide à dépasser la condition humaine. A ce titre, HMG dispose d’un avantage certain puisqu’il mobilise ses 12 entités, notamment spécialisées en actuateurs haute performance, pièce clef de l’avance tech de l’Atlas. Ce dernier s’inscrit d’ailleurs dans la stratégie robotique du groupe qui commercialisera cette année le MobED, une sorte de skate-board électrique hyper modulaire dont le plateau reste droit en toute circonstance.
Au-delà d’un nouveau partenariat annoncé avec Google Deepmind, notons que Boston Dynamics peut se targuer d’avoir déjà posé les jalons d’un business de robots autonomes en milieu industriel. Son célèbre chien Spot en témoigne mais aussi son Stretch, un bras géant dont 1000 unités sont déjà en service pour déplacer des gros chargements notamment chez DHL.
HMG envisage donc du Robot As as a Service en préparant un écosystème entre logiciel de gestion, maintenance et monitoring à distance. Sans oublier le Robot Metaplant Application Center (RMAC), un centre d’entrainement et de validation pour robots (servant à les entraîner sur des mouvements clefs) qui devrait être lancé aux USA cette année-ci.
Quid des humains ?
Ambitieuse et osée, la vision industrielle et robotique de HMG ne reste pas moins des questions. Avant un déploiement à grande échelle dans les usines du groupe en 2028, Atlas devra en effet boucler son volet logiciel encore en développement. Les défis pratiques posés par ses conditions opérationnelles réelles se doublent en outre de la question essentielle de l’emploi et de la proportion d’humains qu’il restera sur les lignes de production.
Créer un comité d’éthique interdisciplinaire pour la robotique, semblable à celui mis, en place en 2016 pour la conduite autonome en Allemagne pourrait à ce titre être une piste de réflexion alimentant l’idée d’un « Partnering Human Progress » que HMG martelait dans sa communication au CES 2026.
« Je ne pense pas que je pourrais vous donner une bonne manière actuelle de réagir à ce sujet. Mais en tant que société, nous avons besoin de gens qui se posent les bonnes questions éthiques face aux implications de cette tech robotique qui est si importante. » conclut Zachary Jackowski « Donc oui nous avons besoin de le faire, mais je ne peux pas vous dire comment. Il y a dans tous les cas définitivement une place importante à donner aux philosophes et gens qui se préoccupent d’éthique dans cette évolution. ».