Chez Tesla, les annonces stratégiques prennent souvent la forme de phrases anodines. Cette fois, Elon Musk a confirmé que la production des Model S et Model X s’arrêtera dès le prochain trimestre. Une décision lourde de sens pour deux modèles qui incarnent historiquement le haut de gamme – certes vieillissant - de la marque. Plus étonnant encore, cette mise à l’écart intervient alors que les deux véhicules viennent de bénéficier d’une mise à jour technique et esthétique récente, preuve qu’ils n’étaient pas encore considérés comme obsolètes. Voilà qui soulève quelques questions quant à la stratégie de Tesla et à son avenir en tant que marque automobile.
Des modèles actualisés… pour mieux être arrêtés
Les tesla Model S et Model X ne sont ni dépassés technologiquement, ni marginales en image. Elles représentent cependant des volumes limités et une complexité industrielle peu compatible avec la quête d’efficacité maximale de Tesla, chère à Elon Musk. Leur récente mise à jour apparaît dès lors comme un dernier service rendu à des clients fidèles, avant une sortie discrète du catalogue. En clair, Tesla ne nie pas leur valeur, mais juge qu’elles n’ont plus leur place dans une stratégie désormais dictée par d’autres priorités que l’automobile premium. Une approche confirmée par le lancement récent des variantes Standard de la Model 3 et du Model Y.

Fremont change de vocation
Le point central de l’annonce ne concerne d’ailleurs pas tant l’arrêt des modèles que l’avenir de l’usine de Fremont. Les lignes d’assemblage aujourd’hui dédiées aux Model S et X doivent être réaffectées à la production du robot humanoïde Optimus. Pour la première fois, Tesla assume publiquement qu’une capacité industrielle automobile sera sacrifiée au profit d’un produit non automobile. Symboliquement, le message est clair : l’usine historique de Tesla s’apprête à fabriquer autre chose que des voitures.
Optimus, promesse industrielle ou pari narratif
Optimus est présenté par Elon Musk comme le futur pilier économique de Tesla. Un robot humanoïde capable, à terme, de travailler dans les usines, puis dans l’économie réelle. Comme toujours, le calendrier annoncé reste ambitieux, avec une montée en production évoquée avant la fin de la décennie. Dans le même temps, Tesla reconnaît que les robots actuels ne réalisent pas encore de tâches réellement productives à grande échelle.

L’industrialisation est donc à construire, pas à exploiter. Ce qui laisse penser que cette annonce a surtout pour but de faire passer un message aux investisseurs, anxieux de ne rien voir venir quant aux promesses d’une Tesla plus compacte que la Model 3 et moins chère.
Tesla, constructeur automobile… ou entreprise d’IA ?
Cette décision s’inscrit dans une réorientation assumée de Tesla vers l’intelligence artificielle et la robotique, présentées comme les relais de croissance majeurs. Dans un contexte de pression sur les ventes automobiles et de marges en recul, le récit change. La voiture devient un moyen, plus une fin. Ou, plus précisément, la finalité réelle de Tesla aux yeux d’Elon Musk se dévoile. Les voitures ne sont qu’un moyen de faire rentrer de l’argent pour financer ses projets liés à la technologie et à l’intelligence artificielle.
En mettant fin à la production de ses modèles fondateurs pour faire place à des robots, Tesla ne tourne pas seulement une page de son histoire : elle redéfinit ce qu’elle veut être — quitte à laisser derrière elle une partie de ce qui a construit son image.