Face à une déferlante chinoise agressive sur les prix et pertinente sur le plan technologique, l’industrie automobile européenne a d’abord accusé le coup. Elle opposait alors une offre électrique balbutiante, voire dépassée, pénalisée par le poids colossal de la batterie dans le coût de fabrication de petites voitures déjà fragilisées, à l’époque thermique, par des marges insuffisantes. Dès lors, certains prédisaient aux constructeurs locaux – surtout les généralistes – une décrépitude irrémédiable. Mais c’est souvent dans l’adversité que se révèle le caractère, et au cœur des temps moroses que ressurgit la force de la mémoire. Riches de leur histoire, «nos» marques disposent d’un terroir fertile sur lequel cultiver des appellations fortes, encore solidement ancrées dans le référentiel automobile et affectif de leur clientèle cible: trentenaires, quadragénaires et au-delà. C’est dans ce contexte de revival que Renault a sorti de la naphtaline une certaine R5, avec le succès que l’on sait. De quoi inciter le losange à renouveler l’opération avec l’autre icône de son patrimoine: la mythique «4L». Si le principe est identique, la mise en œuvre diffère sensiblement. Historiquement positionnée sous la «5» dans la gamme, la «4» se place désormais au-dessus de sa sœur une fois badgée E-Tech Electric. Elle revendique sa filiation à travers une esthétique librement réinterprétée de son aïeule, tout en nourrissant l’ambition de renouveler un succès colossal: plus de huit millions d’exemplaires vendus entre 1961 et 1992, toutes versions confondues.
La démarche est légèrement différente du côté de Turin. La Panda, elle, n’a jamais disparu – plus de huit millions d’unités écoulées depuis son lancement en 1980 – et conserve une aura intacte. Ici aussi pourtant, de la lignée originelle ne subsiste guère plus que la parenté visuelle, appliquée à un format largement majoré, matérialisé par cette Panda affublée du préfixe Grande.
Reste à savoir si, dans un cas comme dans l’autre, cette succession électrifiée justifie son blason et dispose des atouts nécessaires pour affronter une concurrence chinoise désormais foisonnante. Surtout, il s’agira de déterminer laquelle de la R4 ou de la Grande Panda se montre la plus cohérente en tant que produit, chacune optant pour un positionnement très différent. Entre cuisine française et cucina italiana, les ingrédients de base sont similaires, les recettes proches; reste le talent du chef pour les départager.
Dans cet article : Fiat, Fiat Grande panda , Renault, Renault 4