«Cette voiture, c’est un coup de cœur, pas un investissement», annonce d’emblée Rudi, le propriétaire de cette Mustang très rare. Sortie de chaîne en 1966, elle possède un bloc moteur Haute Performance de 4735 cm3 pour 289 ch. Mieux encore: le conducteur a le plaisir de jouer avec une boîte manuelle à 4 rapports. Bref, sur les quelque 600.000 Mustang lancées sur le marché cette année-là, il y en aurait eu moins de 70 (!)dans cette configuration. Faut-il ajouter que l’engin a pris une valeur impressionnante au fil des ans? Selon un bureau d’expertise, elle vaut aujourd’hui 120.000 €. Drôle: dans les sixties, la Mustang était une voiture de rebelles.
«C’est un pur bonheur que d’écouter la musique de ce groupe onctueux et généreux…»
Mais les révoltes s’érodent avec le temps et les rockers s’embourgeoisent. Aujourd’hui, c’est en mode père peinard que l’heureux conducteur sort ce bijou. «Elle a passé l’essentiel de sa vie aux États-Unis. Un acheteur belge l’a dénichée en Arizona pour la revendre à Retromoteur, à Ciney, voici une dizaine d’années. À l’époque, les revendeurs n’écumaient pas encore les USA à la recherche de la perle rare. On trouvait encore des voitures en bon état pour pas cher. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Ma Mustang, semble-t-il, a connu très peu de propriétaires différents et elle a toujours été parfaitement bichonnée. Son compteur affichait moins de 18.000 miles (près de 29.000 km, NDLR). Je ne connaissais rien à la Mustang à l’époque. J’avais juste envie de goûter aux rondeurs du V8.»
Sur ce plan, Rudi est servi: même au ralenti, le moteur délivre un velouté de sons prometteurs. «C’est un pur bonheur que d’écouter la musique de ce groupe onctueux et généreux, de caresser la pédale de gaz pour déguster le couple de l’engin. L’autoradio d’origine était en panne. J’ai mis longtemps à le remplacer. Cette Mustang, je la sors par beau fixe. À peine 1.000 km par an. Sa conduite implique une vigilance de tous les instants. J’évite les autoroutes. L’enthousiasme des autres conducteurs à la photographier sous tous les angles peut vite devenir dangereux. Même si elle est dotée de freins à disques à l’avant, il n’y a pas d’assistance au freinage. Il faut pousser très fort sur la pédale pour la ralentir. Dans un démarrage en côte, il faudrait trois mains. Une sur le volant, une sur le levier de vitesse et une sur la poignée située sur le tableau de bord qui fait office de frein à main. En version décapotable, la plus sexy, il est recommandé que les deux passagers arrière n’affichent pas le format NBA. Sans quoi, ils auront l’impression de faire de la moto sans casque.»
Texte et photos : Dominique Dricot