L’étude «The climate benefits of retiring a fully operational internal combustion engine vehicle» en bref:
- Le remplacement anticipé d’un véhicule thermique par un électrique réduit les émissions sur l’ensemble du cycle de vie dans de nombreux scénarios
- Selon l’étude, le gain climatique maximal atteint 58% sur 16 ans
- Le surplus d’émissions lié à la production d’un véhicule électrique est compensé en moyenne après environ trois ans
- Dans 92% des scénarios étudiés, les émissions totales diminuent
- Attention toutefois: les résultats reposent sur des véhicules, des habitudes de conduite et des réseaux électriques américains
La question revient régulièrement chez les automobilistes qui possèdent une voiture à essence encore parfaitement fonctionnelle: est-il préférable (pour le climat) de continuer à l’utiliser jusqu’à la fin de sa vie ou anticiper le passage à l’électrique? Les chercheurs J. Elliott Campbell, de l’Université de Californie à Santa Cruz, et Roland Geyer, de l’Université de Californie à Santa Barbara, ont précisément étudié ce dilemme dans l’étude intitulée «The climate benefits of retiring a fully operational internal combustion engine vehicle/Les bénéfices climatiques du retrait de la circulation d’un véhicule à moteur thermique encore pleinement opérationnel», publiée le 6 août 2026 dans la revue Science.
Dans de nombreux cas, remplacer prématurément une voiture à moteur thermique par un véhicule électrique à batterie permet de réduire les émissions sur l’ensemble du cycle de vie. Le calcul ne tient donc pas uniquement compte des émissions à l’échappement, mais aussi de la production, de la batterie, de l’électricité, du kilométrage parcouru et de la durée de vie restante du véhicule.
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Une étude américaine, pas un seuil universel applicable à l’Europe
Campbell et Geyer ont modélisé des véhicules, des habitudes de conduite et des réseaux électriques américains. Leurs conclusions sont donc pertinentes pour le débat général sur les véhicules électriques, mais les seuils kilométriques précis ne peuvent pas être présentés tels quels comme des références universelles pour l’Europe et a fortiori la Belgique. La composition moyenne du parc automobile européen est en effet différente, tout comme les prix des carburants, le mix électrique et le kilométrage annuel, qui peut lui aussi varier considérablement. L’étude propose avant tout une analyse américaine solidement étayée d’une question qui se pose également chez nous: à partir de quand le remplacement d’une voiture à essence encore utilisable par un véhicule électrique devient-il pertinent du point de vue climatique?
Selon le résumé publié par Science, les chercheurs ont étudié la tension fondamentale entre les émissions supplémentaires liées à la fabrication d’un nouveau véhicule électrique et les émissions plus faibles produites pendant son utilisation. Ils concluent que le remplacement et la mise au rebut d’un véhicule thermique encore fonctionnel entraînent une baisse des émissions dans la majorité des contextes étudiés, même lorsque ce véhicule est encore relativement récent.
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Jusqu’à 58 % d’émissions en moins sur 16 ans
Les chercheurs ont comparé plus de 400 modèles thermiques et électriques. Ils ont notamment tenu compte de la consommation, de la capacité de la batterie, des émissions liées à la production, du kilométrage parcouru et de l’intensité carbone de l’électricité utilisée pour recharger le véhicule électrique. Ils ont ensuite évalué différents moments de remplacement sur la base d’une durée de vie automobile estimée à environ 16 ans. Le gain climatique maximal était généralement obtenu lorsqu’une voiture à essence était retirée de la circulation après seulement un an et remplacée par un véhicule électrique à batterie. Selon le calcul fondé sur la moyenne du parc automobile, les émissions cumulées de CO₂ étaient alors inférieures de 58% à celles produites si le véhicule thermique avait été utilisé pendant toute sa durée de vie.
Cela ne signifie toutefois pas que les chercheurs recommandent d’envoyer massivement à la casse des voitures à essence presque neuves. Leur analyse vise surtout à déterminer dans quelles circonstances il peut être judicieux, du point de vue climatique, de remplacer plus tôt un véhicule encore fonctionnel. Sur le plan économique, une telle décision reste évidemment souvent difficile, en particulier lorsque la valeur résiduelle d’une voiture à essence récente et le prix d’achat d’un véhicule électrique pèsent lourd dans la balance.
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Le retard lié à la production est généralement rattrapé après trois ans
Un véhicule électrique commence néanmoins sa vie avec un désavantage climatique. La fabrication de la batterie, en particulier, peut entraîner davantage d’émissions de gaz à effet de serre que la production d’une voiture thermique comparable. Cet argument est souvent invoqué pour justifier le maintien en circulation d’une voiture à essence existante. Selon l’étude, ce raisonnement n’est toutefois pas toujours valable. Le surplus d’émissions généré par la fabrication du véhicule électrique est généralement compensé après environ trois ans grâce aux émissions plus faibles produites pendant la conduite.
Le gain climatique continue ensuite d’augmenter, surtout lorsque le véhicule parcourt suffisamment de kilomètres. Dans le cas d’une voiture thermique, une grande partie de l’impact climatique total provient de la consommation de carburant accumulée au fil des années. Campbell souligne que, dans une voiture à essence classique, environ 20% seulement de l’énergie contenue dans le carburant sert effectivement à déplacer le véhicule; le reste est en grande partie dissipé (et donc perdu), notamment sous forme de chaleur.
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Un gain dans 92 % des scénarios, mais pas systématiquement
Parmi tous les scénarios étudiés dans lesquels une voiture à essence ou un véhicule hybride classique était remplacé par un véhicule électrique avant la fin de sa durée de vie normale, 92% aboutissaient finalement à une diminution des émissions de gaz à effet de serre. Dans 8% des cas, aucun gain climatique n’était donc observé. Le kilométrage parcouru apparaît à ce sujet comme un facteur déterminant. Selon les hypothèses américaines de l’étude, le remplacement anticipé ne présente plus d’avantage climatique lorsqu’une voiture parcourt moins de 7.054 kilomètres par an. Ce seuil est de 6.837 kilomètres par an pour un SUV et de 10.794 kilomètres pour un pick-up ou un camion. Le nouveau véhicule électrique ne roule alors tout simplement pas assez pour compenser les émissions générées par sa fabrication.
Les véhicules hybrides rechargeables constituent également une exception, du moins lorsqu’ils sont régulièrement branchés. Comme ils peuvent déjà parcourir une partie des trajets en mode électrique et utilisent une batterie relativement petite, il peut, dans certaines circonstances, être préférable de prolonger leur durée d’utilisation plutôt que de fabriquer immédiatement un nouveau véhicule entièrement électrique. La distinction entre une voiture à essence classique, un véhicule hybride, un hybride rechargeable et un véhicule électrique à batterie est donc plus importante que la simple opposition entre véhicule «ancien» et véhicule «neuf».
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Le mix électrique reste déterminant
Enfin, le résultat dépend de l’électricité utilisée pour recharger le véhicule électrique. Plus la part du charbon et d’autres sources à forte intensité carbone est élevée, plus il faut de temps pour compenser les émissions supplémentaires liées à la production du véhicule électrique. Mais même dans ce cas, les conclusions de l’étude restent robustes. Pour les véhicules thermiques les plus courants aux États-Unis, Campbell et Geyer ont constaté qu’un passage anticipé à l’électrique présentait encore un avantage climatique, même avec les réseaux électriques américains les plus polluants. Pour les véhicules hybrides particulièrement économes en carburant, cet avantage peut toutefois disparaître lorsque l’électricité utilisée est très carbonée.
En Europe, les chiffres précis doivent être interprétés avec prudence. Le gain de 58%, les seuils kilométriques et le délai de compensation reposent sur des hypothèses américaines. L’orientation générale des conclusions reste néanmoins pertinente pour les responsables politiques européens: lorsqu’une voiture à essence est encore appelée à parcourir de nombreux kilomètres, son remplacement par un véhicule électrique peut compenser assez rapidement le surplus d’émissions lié à sa fabrication.
Photo : Rivian R3
