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Loisirs / Le saviez-vous ? Les Volvo traversaient le Rideau de fer

En Corée du Nord et en RDA, il était possible de croiser des Volvo en pleine Guerre froide. Grâce à sa neutralité, la Suède a pu fournir ces voitures aux régimes communistes. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu.

Sommaire :

Des Volvo 144 en Corée du Nord et des Volvo 244 en République démocratique Allemande (RDA, ex-Allemagne de l’Est) dénotaient avec le paysage automobile de la fin des années 70 dans ces pays sous régime communiste drastique. Si la RDA a disparu maintenant, le régime nord-coréen persiste et certaines 144 y rouleraient encore. Mais comment ces Suédoises ont-elles pu traverser le Rideau de fer il y a plus de 40 ans ? Tout d’abord parce que la Suède souhaitait jouer sur son statut de pays non aligné, à tendance socialiste, pour amadouer les régimes communistes et, en bons capitalistes, s’octroyer un quasi-monopole d’importation de produits occidentaux sur ces marchés.

L’arnaque coréenne

En 1974, Kim Il-sung, le dictateur nord-coréen grand-père de l’actuel dirigeant, entreprend de commander des Volvo pour les autorités et les « apparatchiks » de la partie septentrionale du « Pays du matin calme ». Il en « achète » 1000, des 144 GL avec une carrosserie peinte en vert sapin : toutes pareilles à l’origine, pour ne pas faire de jaloux. Elles sont livrées en 1976. Dès cette date, elles commencent à sillonner les boulevards de Pyongyang. Certains exemplaires seront ensuite reconvertis en taxis pour les quelques touristes occidentaux qui osent s’aventurer en Corée du Nord. Il en resterait d’ailleurs en circulation, même si de nos jours le marché a évolué grâce aux importations depuis la Chine. Un bon choix d’un point de vue rationnel et financier en fin de compte. Mais voilà, la Corée du Nord n’a jamais payé la facture.

© Jakob’s Magazine

Ce que les Suédois ont pris pour l’affaire du siècle, en espérant devenir le seul pays occidental en liaison commerciale avec cette dictature, n’était rien d’autre qu’un bon vieux troc, au préalable. Volvo fournissait les voitures, avec l’État de Suède en garant des montants à financer pour la production et la distribution. En retour, la Corée du Nord devait livrer du zinc et du cuivre au pays scandinave qui se rétribuerait ainsi pour rembourser Volvo (et prendre quelques bénéfices en sus). En l’absence de la moindre livraison de zinc et de cuivre, la Suède ne verra jamais la couleur de son argent. Après une phase de vaines négociations, elle a entamé une tentative de remboursement dès 1976 avec des mises en demeure régulières. Et, aux dernières nouvelles, toujours par l’ombre du moindre centime d’une dette estimée à plus de 330 millions d’euros, intérêts compris.

Par cette histoire, la Corée du Nord est à elle seule débitrice de 45 % des impayés de pays étrangers à l’encontre de la Suède. Il se murmure, non sans une certaine ironie, que si les diplomates suédois ont gardé une ambassade en Corée du Nord, c’est dans l’espoir de recevoir un jour un joli chèque du dictateur en place (on peut toujours rêver). Une opération hypothétique pour cette arnaque qualifiée à l’époque de la Guerre froide de « plus grand vol de voitures de tous les temps » par un diplomate soviétique. Cette crédulité du « socialisme suédois » a sans doute fait rire et sourire à Moscou.

© Jakob’s Magazine

Rebelote en RDA

Chat échaudé craint l’eau froide, dit-on. Foi de Viking, la douche froide ne fait apparemment pas peur aux Suédois. Car ils ont remis ça en 1976. Ils ont livré 1000 Volvo 244 DLS à la RDA. La République allemande dite démocratique sous le joug moscovite. L’idée des dirigeants communistes était de montrer une meilleure image automobile dans les rues de Berlin-Est, avec autre chose que des Trabant et Wartburg, face aux Audi, BMW, Mercedes, Opel et Volkswagen de l’Ouest. Ce qui faisait aussi grogner les dirigeants et hauts dignitaires de l’État communiste lassés des Tatra, Volga et Zil soviétiques peu avenantes, au confort d’un autre temps et à la qualité discutable. Même Erich Honecker, à la tête du pays, avait lui-même une nette préférence pour les Citroën et les Volvo.

Volvo avait déjà importé quelques modèles en RDA, dont des 144 (tiens, tiens). Dès lors, le ministre de la Propagande a réussi à « commander » 1000 exemplaires d’un modèle spécifique de la série 240/260, la désormais recherchée 244 DLS. Là aussi, c’était une affaire de troc (décidément !). Mais cette fois-ci, il semble que la transaction ait correctement abouti. D’ailleurs, d’autres Volvo seront livrées, contre paiement en bonne et due forme cette fois, en jouant au chat et à la souris avec la douane ouest-allemande grâce à la falsification des numéros de châssis. Il y avait ainsi plusieurs exemplaires de la variante limousine Volvo 264 TE (Top Executive) fabriquée par Bertone (Italie) ou Nilsson (Suède) ainsi qu’une Landaulet pour les défilés. La RDA a également connu la version allongée du break, la Volvo 245 Transfer, dans les années 80. Ainsi que des 740 et 760 peu avant la chute du Mur de Berlin en 1989.

(c) Das Bundesarchiv

Revenons à la 244 DLS. Cette version spéciale pour l’Allemagne de l’Est qui n’avait de démocratique que le nom, était un ersatz mélangeant le style de la 264 avec le 4-cylindres 2.1 L de 107 ch de la 244 ! Le prix proposé atteignait 50.000 Ostmarks (plus de 4 fois le prix d’une « Rennpappe » Trabant). Il fallait, en plus, déjà être propriétaire d’une Trabant ou d’une Wartbrug depuis 1 an au moins. Toutefois, les 1000 voitures ont trouvé preneur en 1 mois en 1977. Évidemment, il fallait être dans les petits papiers du parti pour profiter d’une de ces Suédoises. D’autant que pour le camarade lambda, posséder une voiture en RDA était plutôt synonyme de liste d’attente et d’une patience à toutes épreuves (allant parfois jusqu’à 20 ans).

Les Volvo en blanc, bleu, jaune moutarde, rouge et vert foncé n’étaient donc qu’à la portée de hauts dignitaires, d’artistes subsidiés, de fonctionnaires zélés et de hauts gradés de l’armée. Des voitures que l’on vit à Berlin-Est, mais surtout à 30 km de là, à Wandlitz. Cette petite ville était un cocon sous haute protection, loin de la grisaille quotidienne de la majorité des Allemands de l'Est, réservée à ceux – considérés comme l’élite du régime – qui savaient profiter du communisme pour engranger les privilèges et se remplir les poches. Ces Volvo firent d’ailleurs l’objet de railleries, car rebaptisées « Ich Bin Millionär » (Je suis millionnaire) à cause de leur immatriculation commençant toujours par IBM ! Un autre genre de modèles occidentaux roulait en RDA avant la chute du Mur : des Citroën BX, CX et GS utilisées par les ministères et par la Stasi, la terrible police politique du régime. Mais de ces voitures-là, personne n’osait vraiment s’en moquer…

© Jakob’s Magazine

Crédits photos :

  • Volvo 144 avec famille coréenne © Roman Harak – Flickr
  • Volvo 144 Corée du Nord – © Jakob’s Magazine
  • Défilé 1977 avec Volvo 264 TE (N/B) – Archives fédérales allemandes (Das Bunderarchiv)
  • Volvo 244 DLS Jaune – Wikipedia
  • Volvo 244 DLS bleue – © Jakob’s Magazine - Bil och Leksakmuseum Joneborg
  • Volvo 245 Transfer (en Suède) - Volvocars
Web Editor - Specialist Advice

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