Explications aux côtés d’Ali Kani, le responsable de la division automobile de Nvidia.
Porté par l’intelligence artificielle générative qu’il a embrassé à temps, Nvidia dépassait Apple et Microsoft il y a deux ans pour se transformer en monstre tech capitalisé à hauteur de 4.000 milliards de dollars (!) en 2025 . Ses solutions complètes de data centers alimentent principalement sa planche à billets. Lors du dernier CES de Las Vegas, la firme qui détient 90% du marché des processeurs I.A. haussait toutefois le ton sur le terrain automobile.
Confirmant sa faim de robotaxis et annonçant une approche open source de l’autonomie routière, Nvidia y créait surtout un big bang en dévoilant Alpamayo, soit un modèle de langage avant-gardiste pour conduite autonome de niveau 4 qui équipera, dès ce deuxième trimestre, la nouvelle Mercedes CLA en Europe..
L'IA et l'adaptabilité humaine
«Les systèmes de conduites autonome imitent très bien nos habitudes de conduite. Mais face à une situation inédite, ces derniers n’ont pas notre adaptabilité humaine. Alpamayo permet de passer d’une autonomie routière reposant sur des scénarios appris à l’avance à un vrai raisonnement.» détaille Matthew Cragun, responsable produit d’Alpamayo.
«En général, lorsqu’un robotaxi bloque face à une situation inédite, il contacte un téléopérateur humain qui tranche à distance. Alpamayo permet de supprimer cette étape en utilisant pour la première fois une chaine de réflexion et plus spécifiquement une chaine de cause à effet qui permet à la voiture d’anticiper les conséquences potentielles de ses actes.»
Nommé d’après une difficile montagne péruvienne culminant à 5947 mètres d’altitude, Alpamayo se frayerait ainsi progressivement, et sans problème, un passage au milieu d’un flot continu de supporters traversant sans interruption une rue. Conduire du mauvais côté de la route en cas de travaux ou brûler un feu rouge pour suivre les instructions d’un agent de police ne lui poserait pas plus de problèmes.
Interaction homme-machine
«Alpamayo est un modèle de Visual Langage Action qui est non seulement capable de raisonner mais aussi de vous parler et de vous écouter. Dans l’habitacle, il peut donc également vous expliquer à voix haute pourquoi il ralentit avec prudence face à un piéton âgé traversant la rue» poursuit Ali Kani, le patron de la division automobile de Nvidia. «L’autre point essentiel est qu’on peut aussi lui demander vocalement d’aller un peu plus vite ou même de suivre une voiture blanche vous précédant.
Mais attention, vous ne pourrez pas lui demander n’importe quoi car il est encadré de garde-fous sécurisés.» Notons que l’intégration des voix des passagers dans les décisions et actions de la voiture autonome (un projet déjà entrevu chez Xpeng) est d’autant plus pertinent que le concept même de taxi implique de parler au chauffeur.
Intérêt de Uber, nervosité chez Tesla
Veillant (notamment) au respect strict du code de la route, la plateforme de conduite autonome classique DRIVE AV (logiciel) et DRIVE AGX (matériel) de la firme californienne continue in fine à se profiler comme le conducteur principal chez Nvidia. Mais en cas d’hésitation ou de blocage, Alpamayo est invoqué dans des situations hors cadre.
Visant une commercialisation en 2027, la stratégie ambitieuse de robotaxis de Nvidia verra Alpamayo y briller comme une brique technologique clef.
Également capable de gérer des fonctions d’infotainement dans le cockpit, Alpamayo n’est toutefois pas encore assez intelligent pour piloter hors-piste. Gourmand en ressources, Alpamayo ne s’installe enfin pas tel quel en voiture. Nvidia le propose en fait comme un professeur apprenant à d’autres I.A. comment improviser sur la route. Soit une «distillation» digne d’un livre de Philip K. Dick...
Alpamayo n’est pas une tech anodine puisqu’elle poussait Elon Musk à préciser qu’il avait par le passé déjà envisagé une technologie similaire. Donnant des sueurs froides au Full Self-Driving (FSD) de Tesla , ce dernier consolide en tout cas l’irrépressible importance tech de Nvidia dans le secteur automobile.
Feu vert de BYD, Xpend et Zeekr
BYD, Lynk & Co, XPENG, Li Auto et ZEEKR ont ainsi confirmé qu’ils adoptaient le DRIVE AGX Thor SoC, la toute dernière évolution matérielle de NVIDIA DRIVE pour de la conduite autonome de niveau 3 et 4.
Fort d’un partenariat sur l’Atlas que Boston Dynamics présentait au CES 2026 (voir notre dossier dans le Moniteur Automobile 1834), Jensen Huang déclarait enfin que la robotique – y compris les voitures autonomes – constituait la deuxième catégorie de croissance la plus importante de l’entreprise après l’IA.
Le futur marché prometteur des robotaxis pourrait donc inverser la vapeur d’un business automobile qui ne représentait chez Nvidia «que» 592 millions de dollars de revenus au dernier trimestre 2025, soit à peine 1,69 % de ses revenus totaux. Un ratio qui depuis quatre ans n’a quasiment pas évolué.
«La manière dont on réfléchit est différente», conclut Ali Kani. «Car à termes, toutes les voitures seront un jour totalement autonomes. Cela veut dire 80 millions de voitures par an. C’est une énorme opportunité. Il faut juste attendre que cela arrive.»