BMW accélère, Mercedes rebondit, Volkswagen engrange les commandes: les constructeurs allemands retrouvent de l’élan sur le marché européen des électriques. Mais derrière les chiffres encourageants, il reste un long chemin avant de pouvoir parler de relance véritable: livraisons, rentabilité et concurrence chinoise mettent leur retour à l’épreuve.
Voitures électriques en Europe: le marché accélère
Le marché européen des voitures électriques prend de la vitesse, c’est indéniable. Sur les huit premiers mois de 2026, les 100% électriques ont ainsi représenté 21,7% des immatriculations dans l’Union européenne, contre 15,8% un an auparavant (source: ACEA). Au total, 1,64 million de voitures électriques ont été immatriculées.

La progression est particulièrement forte en France (+74,2%) et en Allemagne (+53,1%). La Belgique avance plus lentement, avec une hausse de 13,1%, mais son taux d’électrification était déjà particulièrement élevé. Les hybrides non rechargeables conservent néanmoins la première place, à 36,6% du marché.
En août, les voitures électriques ont même atteint 27,7% des immatriculations européennes, soit plus d’une voiture neuve sur quatre.
Le changement est donc bien en route. Pour autant, la domination persistante des hybrides rappelle que le tout-électrique n’a pas encore convaincu tous les acheteurs, les particuliers surtout. Le prix d’achat, la recharge et la facilité d’usage restent au cœur de la bataille commerciale, au même titre que l’incertitude quant à la valeur de revente.
BMW, Volkswagen, Mercedes: trois reprises, trois réalités
BMW: le nouvel iX3 donne un coup d’accélérateur
BMW Group affiche une forte progression de ses livraisons électriques en Europe. Au deuxième trimestre 2026, le groupe y a livré 81.445 100% électriques, soit une hausse de 38%.
Le nouvel iX3 nourrit cette dynamique et un cap est désormais atteint puisque le nouvel iX3 totalisait 100.000 commandes en Europe à la mi-septembre 2026, un an après sa présentation, selon BMW.
La nouvelle génération de modèles Neue Klasse donne ainsi au constructeur un moteur de croissance attendu. L’enjeu est désormais de prolonger cet élan. Mais le line-up des modèles à venir, notamment les Série 3 Neue Klasse et le SUV iX5 électriques devraient selon toute logique confirmer cette tendance à la hausse.
Mercedes: un rebond spectaculaire à confirmer
Mercedes poursuit quant à lui sa forte progression. Au troisième trimestre 2026, ses ventes de voitures 100% électriques en Europe ont augmenté de 78% sur un an et de 24% par rapport au trimestre précédent. Le tout-électrique représente désormais près d’une Mercedes sur trois vendues en Europe, selon les résultats publiés par le constructeur le 7 octobre.

Le constructeur attribue cette progression au déploiement de sa nouvelle gamme, notamment les CLA, GLC et GLB électriques. Le rebond est donc spectaculaire. Reste à transformer cette poussée commerciale en croissance durable. Mais la berline Classe C électrique (et le break qui l'accompagne) devrait y jouer un rôle important...
Volkswagen: les commandes bondissent, les résultats restent contrastés
Chez Volkswagen Group, le carnet de commandes donne des raisons d’espérer. Celui des voitures électriques en Europe a en effet augmenté de plus de 50% par rapport à la fin de 2025. La nouvelle famille de modèles électriques d’entrée de gamme du groupe – ID. Polo, ID. Cross, Škoda Epiq et CUPRA Raval – totalisait plus de 100.000 précommandes à la mi-septembre 2026. Les livraisons progressent toutefois à un rythme plus modéré: 377.000 voitures électriques livrées en Europe au premier semestre, soit une hausse de 8,4%.

Surtout, la performance du groupe masque des écarts importants entre ses marques. À l’échelle mondiale, les livraisons électriques de Volkswagen ont reculé de 28,2% au premier semestre, tandis que celles de Škoda ont bondi de 48,3%. Ces chiffres nuancent la progression européenne du groupe. Le regain d’intérêt est tangible, mais l relance de toutes les marques reste à démontrer.
En Belgique, les trois Allemands occupent le podium
Le marché belge illustre le poids que conservent ces marques. Sur les neuf premiers mois de 2026, BMW domine les immatriculations de voitures neuves avec 35.219 unités et 10,99% du marché, devant Volkswagen (26.666 unités; 8,32%) et Mercedes (22.742; 7,10%), selon la FEBIAC. Ensemble, elles représentent plus d’une voiture neuve immatriculée sur quatre. Ce classement porte sur l’ensemble des motorisations, et non sur les seuls modèles électriques.
Cette position dominante ne signifie toutefois pas que les trois marques progressent: sur la même période, BMW gagne 1,32% par rapport à 2025, tandis que Volkswagen recule de 14,42% et Mercedes de 6,85%, dans un marché belge en baisse de 1,08%. Le regain d’intérêt pour leurs électriques doit donc être distingué de l’évolution de leurs ventes totales.
Les marques chinoises s’installent dans le paysage européen
Les constructeurs allemands connaissent un regain de forme, mais leurs concurrents chinois gagnent aussi du terrain. Dans les 18 marchés d’Europe occidentale, les marques chinoises ont en effet enregistré environ 820.000 immatriculations de janvier à août 2026, représentant plus de 10% du marché. Sur le seul mois d’août, leur part a atteint un record de 11,5 % (source: Schmidt Automotive Research).

BYD illustre cette expansion. De janvier à août 2026, la marque a enregistré 177.752 immatriculations dans l’Union européenne, en hausse de 163% (!) sur un an. Sa part de marché est ainsi passée de 0,9% à 2,4 %. Ces chiffres couvrent toutefois l’ensemble de ses motorisations, électriques et hybrides rechargeables.
Batteries et rentabilité : le vrai test du retour allemand
La hausse des ventes ne résout pas, à elle seule, les fragilités industrielles européennes. L’approvisionnement en batteries mérite en effet d’être examiné constructeur par constructeur.
Chez BMW, le succès de l’iX3 impose surtout d’accélérer la montée en cadence du nouveau site de Debrecen, passé à trois équipes en septembre. Pour faire face à cette poussée de la demande, BMW vient de mettre en service sa nouvelle usine d'Irlbach-Straßkirchen (Basse-Bavière), un site à un milliard d'euros dédié à l'assemblage des batteries de 6ᵉ génération. Opérationnelle, elle alimente directement la production des modèles Neue Klasse fabriqués à Munich, notamment la nouvelle BMW i3.
Mercedes a, en revanche, subi des difficultés ciblées lors du démarrage du GLC électrique: des problèmes de livraison de batteries CATL et de faisceaux électriques ont freiné sa production. Mais le 7 octobre dernier, Mercedes annonçait toutefois que les créneaux européens de 2026 pour les GLC, CLA, GLB et GLA électriques étaient déjà complets. Sold-out! Ce carnet de commandes confirme la vigueur de la demande, sans établir qu’une pénurie de batteries persiste.
Chez Volkswagen, le rebond des commandes conduit également à adapter les cadences à Emden et Zwickau, après des réductions de production au printemps et... l’annonce de la suppression de quelque 100.000 emplois à terme. Un paradoxe? En réalité, l’apparent paradoxe de Volkswagen réside dans le décalage entre le succès commercial de sa nouvelle gamme électrique accessible et les réalités économiques de son outil industriel. Si l'ID. Polo et la Škoda Epiq – notamment – séduisent grâce à des prix d'entrée ajustés et à des qualités intrinsèques indéniables, la fabrication d'un véhicule électrique exige toutefois jusqu'à 40% de main-d'œuvre en moins qu'un modèle thermique tout en générant des marges encore très réduites. Pour produire ces modèles abordables de manière rentable face à la concurrence chinoise, le groupe doit donc drastiquement réduire ses coûts de structure et sa masse salariale.
Qu’en retenir?
Ces constats posent dès lors une question centrale: les volumes supplémentaires permettront-ils de restaurer la rentabilité et de renforcer la maîtrise technologique des grands groupes européens? Une voiture commandée doit encore être produite, livrée et vendue avec une marge suffisante. C’est là que se mesurera la solidité du rebond européen, allemand en particulier. Après une période tâtonnements, l'industrie automobile allemande commence à maîtriser son sujet dans l'électrique. Il est dès lors étonnant que la France et... l'Allemagne aient récemment demandé à l'UE d'assouplir encore ses mesures visant la fin du thermique pour 2035.
