L'Evora (acronyme de Evolving, VOgue et auRA) est la première nouvelle Lotus depuis près de 15 ans. Cette magnifique sportive dont le dessin mêle subtilement lignes arrondies et tendues bénéficie d'une conception spécifique (et d'une ligne de production qui l'est tout autant), comprenez qu'elle n'a pas été extrapolée d'un modèle existant. Toujours soucieux de limiter la masse de leur voiture, les ingénieurs d'Hethel l'ont dotée d'une structure porteuse en aluminium extrudé en trois parties (une cellule centrale à laquelle viennent se greffer deux berceaux), le tout recouvert d'une «peau» en matériau composite. En cas d'accident, seul le module abîmé doit être réparé ou remplacé. En matière de rigidité, Lotus annonce une résistance à la torsion de 26.000 Nm/°, c'est 2,6 fois plus que l'Elise. Reste que la principale originalité de l'Evora, c'est de combiner un moteur central arrière et un habitacle 4 places. Une proposition unique sur le marché (et surtout un «coup» de marketing, car les places arrière sont plutôt symboliques) et une architecture que même Colin Chapman, le fondateur de la marque, s'était toujours refusé à exploiter, avançant qu'elle entraînait une répartition des masses peu favorable et un habitacle étriqué. Sur ce coup-là, il n'avait ni entièrement tort... ni raison.
Conduite : 140/200
Retravaillé par Lotus, le V6 Toyota fait preuve d'une remarquable élasticité, lui permettant de reprendre efficacement à moins de 1000 tr/min en 6e ! Dommage qu'il soit si linéaire dans ses montées en régimes, ce qui gomme une bonne partie des sensations, d'autant que l'échappement de série n'est pas très démonstratif. Bien étagée, la boîte de vitesses souffre d'une commande extrêmement mal guidée. Rien à redire en ce qui concerne la direction hyperinformative, directe et précise.
Sécurité : 166/200
Lotus reste l'un des rares (le seul ?) à ne pas déresponsabiliser le conducteur par une kyrielle d'aides à la conduite. Pourvu que ça dure. Notez, avec l'ABS et l'ESP (entièrement désactivable), le principal y est. On soulignera le freinage puissant et surtout l'efficacité du comportement routier, vif mais équilibré, offrant une motricité sans faille et acceptant à la demande de faire de jolies figures... à condition que l'on ait compris le mode d'emploi que l'architecture à moteur central impose.
Confort : 104/200
Comparativement à une Elise, l'Evora tient du pullman. Certes, les bruits de roulement trahissent la largeur des pneus et les bruits extérieurs pénètrent aisément dans l'habitacle. Cela dit, il est tout à fait possible d'envisager de longs déplacements sans fatigue excessive, d'autant que les Recaro sont bien rembourrés. Les plus exigeants auraient apprécié un soutien lombaire réglable, mais bon... Le chauffage, en revanche, trahit le côté artisanal de la voiture: c'est tout ou rien.
Fonctionnalité : 90/200
Accessibilité très... Lotus : il faut de la souplesse pour s'y glisser et plus encore pour s'en extirper. Comme souvent dans ce genre d'engin, la visibilité vers l'arrière et surtout de trois quart arrière est médiocre. Vive l'option caméra de recul. Les aspects pratiques sont limités: une (petite) boîte à gants et des semblants de bacs de portes. Le coffre peut accueillir un sac de golf. Ouf ! Par endroits, on devine la finition artisanale, mais dans l'ensemble, le mobilier a été assemblé avec soin et les matériaux sont de qualité.
Budget : 134/200
Le tarif de l'Evora est calqué sur celui de la Porsche Cayman... S (320 ch) et, comme pour cette dernière, il semble difficile d'échapper aux options et packs. De quoi rapidement faire grimper la facture (17.728 euros de supplément dans le cas de notre voiture d'essai). Heureusement, les Lotus ont la réputation de bénéficier d'une bonne valeur résiduelle. Quant à la consommation, rien à redire, le V6 Toyota est loin d'être un soiffard. Un bon point pour la garantie générale courant sur 3 ans ou 100.000 km.
Conclusion : 634/1000
Avec l'Evora, Lotus s'éloigne quelque peu de son fonds de commerce principal: la petite sportive légère. Avec raison ? Si l'Evora se positionne au niveau d'une Porsche Cayman S par le prix, pour ce qui est des performances, elle se situe plutôt à hauteur d'une Cayman «normale», plus polyvalente au quotidien et facturée 10.000 euros de moins. Cela dit, sa conduite, même si elle est entachée de plusieurs gros défauts (moteur assez peu démonstratif, commande de boîte indigne d'une sportive) est un vrai régal grâce à un châssis (direction et frein compris) d'une efficacité diabolique. Enfin, et c'est certainement ce qui la distingue le plus de sa rivale allemande, l'Evora est autrement plus exclusive. Mais à quel prix!
L'essai complet est disponible dans votre Moniteur automobile 1470 du 28 avril 2010.
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